Rencontre Internationale sur les droits des Gens du voyage

Le mardi 30 juin 2015, le Bureau Régional du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies en Europe (OHCHR)a organisé une journée d’étude entièrement consacrée au droit des Gens du Voyage et au mode de vie mobile en Europe Occidentale.

Cette rencontre a rassemblé des associations de Gens du Voyage de cinq pays d’Europe Occidentale(Irlande, Grande-Bretagne, France, Belgique, Pays-Bas), des instances nationales de défense des droits de l’homme (défenseurs des droits) et des institutions internationales de protection contre les discriminations (agences de l’ONU et du Conseil de l’Europe).

L’organisation de cette journée par OHCHR est partie du constat que sur la scène internationale et politique les difficultés et discriminations rencontrées dans tous les pays d’Europe occidentale par les populations de cultures non-sédentaires sontignorées par les décideurs politiques et occultéespar les thématiques liées aux Roms sédentaires et migrants des pays nouvellement entrées dans l’union européenne et les questions de migrations est ouest.

 

LES FACTEURS D’INVISIBILITÉ DES DISCRIMINATIONS CONTRE LES GENS DU VOYAGE

Les Gens du Voyage (selon les pays: Gypsies and Travellers, Sinti, Manouches, Yeniches, Voyageurs…) résident et circulent dans les pays d’Europe occidentale habituellement considérés comme modèles en matière des Droits de l’homme pour les autres pays d’Europe et du Sud. Les atteintes aux droits perpétrées dans ces pays tous réticents à reconnaître la réalité d’un mode de vie non-sédentaire sur leur territoire, font rarement l’objet d’observation à ce sujet de la part des agences internationales des droits de l’homme.

Depuis 2010 le Conseil de l’Europe a opté pour l’emploi du terme Rom comme terme générique pour désigner tous les groupes Tsiganes et Voyageurs. Le terme «Tsigane», employé antérieurement à 2010 par le Conseil de l’Europe, a été éliminé à la demande d’ intellectuels Roms des pays de l’Est en raison d’une connotation raciste et haineuse de ce terme dans le langage courant de ces pays. Les autres termes employés par le Conseil de l’Europe qui faisaient référence au mode de vie mobile (Nomades,Voyageurs, Gens du Voyage) ont également été écartés des textes officiels de l’Union européenne au profit du terme « Rom ».

Ce choix de l’institution européenne, peut être à l’origine d’une certaine confusion pour les décideurs politiques, mais aussi pour le public des pays d’Europe de l’ouest.«Rom» est le nom que se donne un groupe culturel ethnique spécifique, majoritairement sédentaire ou sédentarisé, et majoritairement ressortissant des pays nouvellement entrés dans l’Union Européenne. La majorité des Tziganes et Voyageurs (Gens du Voyage) dans les pays d’Europe de l’ouest ne sont pas Roms et ne se retrouvent pas dans cette appellation. Beaucoup ont le sentiments que leur identité et une part importante de leur culture, le mode de vie mobile, sont ainsi confisquées et niées.

TRIPLE OBJECTIFS DE LA RENCONTRE

L’OHCHR a fixé trois objectifs à cette journée de travail du 30 juin 2015 à Bruxelles.

Le premier : grâce aux témoignages des représentants des associations de Gens du Voyages présents, dresser un état des lieux pays par pays de la situation du Voyage au regard des droits existants.

Le second: présenter aux responsables d’associations de Gens du Voyage des outils fournis par les institutions internationales et des stratégies pour lutter contre les atteintes aux droits et les discriminations.

Le troisième objectif : favoriser l’échange entre associations militantes Gens du Voyage des différents pays afin de développer des synergies de défense et de plaidoyer en direction des autorités nationales, régionales et locales.

RESPECTS DES DROITS DES GENS DU VOYAGE: BILAN GLOBAL NÉGATIF DANS LES CINQ PAYS OCCIDENTAUX

Les bilans en matière de respect des droits fondamentaux des Gens du Voyage—qu’ils soient itinérants, semi-itinérants ou sédentarisés—sont généralement négatifs et n’épargnent aucun des cinq pays représentés. Les politiques mises en place à l’adresse des Gens du Voyage, ont toutes en commun de créer des obstacles au droit de pratiquer un mode de vie mobile, mais aussi au droit d’accès à la propriété. D’une manière générale ces politiques entravent profondément l’accès aux droits économiques, sociaux, civiques et politiques des Gens du Voyage.

La liberté de pratiquer un mode de vie mobile est de plus en plus contrôlée dans tous les pays d’Europe occidentale où voyager est encore possible. Ces limitations, contrôles et interdictions se déclinent différemment selon les législations nationales : du « simple » refus des autorités locales à laisser séjourner les caravanes dans leur commune jusqu’aux législations criminalisant le mode de vie mobile.

On peut retenir de ces échanges la forte revendication d’appartenir à la culture du Voyage et la volonté, partagée par tous les Voyageurs intervenant, de maintenir le mode de vie mobile en protégeant le droit à un ancrage dans un territoire.

La démonstration de cette volonté de préserver le mode de vie mobile est faite par la persévérance de bien des familles résidant dans les pays aux législations les plus contraignantes, à pratiquer une mobilité familiale et professionnelle, quitte à s’exiler une partie de l’année à l’étranger.

SORTIR DU CERCLE INFERNAL

Les Gens du Voyage sont parmi les populations les plus discriminées et politiquement sans voix en Europe occidentale. Cette journée largement centrée sur l’échange et le partage a permis aux Voyageurs des différents pays de confronter et mettre en commun leurs expériences, démarches et aspirations.

Différentes stratégies pour obtenir la reconnaissance de leur cultures, de leur modes de vie et l’égalité de droit sont déjà mises en œuvre par les organisations de Gens du Voyage (Belgique et France), de Gypsies and Travellers (Ireland et Grande Bretagne) ou Sintis en Woonwagonbewonersdes Pays Bas. Tous se tournent de plus en plus vers les instances internationales et les organes conventionnels relatif aux droits de l’homme pour sortir du cercle infernal de la négation de leurs droits et l’enfermement dans la marginalisation.

Dépêches Tsiganes