Camp de Saliers : commémoration le 23 mai et inauguration d’une nouvelle plaque pédagogique

La cérémonie commémorative en hommage aux internés du camp de Saliers (1942-1944), situé en Camargue sur la commune d’Arles (Bouches-du-Rhône) aura lieu le samedi 23 mai et sera l’occasion d’inaugurer une nouvelle plaque pédagogique placée près de la stèle marquant depuis 2006 l’existence dans le passé de ce lieu de détention arbitraire dont toutes les traces ont été effacées.

Saliers_2015.IMG_0150Cette cérémonie se déroulera sur la route départementale 37 reliant Albaron à Saliers à 11H00 à l’invitation et à l’initiative notamment, du maire d’Arles Hervé Schiavetti et de son conseil municipal, de Jérôme Bonin, président de l’Association des fils et filles d’internés du camp de Saliers, de la Fédération pour la Mémoire de la Déportation et de l’Association pour un Musée de la Résistance et de la Déportation du Pays d’Arles.

En ce week-end de pèlerinage gitan aux Saintes-Maries voisines, de nombreux voyageurs, dont Milo Delage, président de France Liberté Voyage, Anthony Dubois, président de l’association Diférence, ou encore Sylvie Debard, de l’Association nationale des gens du voyage catholiques (ANGVC), sont attendus à cette cérémonie d’hommage à ceux qui ont souffert, parfois jusqu’à la mort, dans ce camp.

Saliers fut le seul camp créé pour enfermer des « nomades » en zone non occupée par Vichy, qui avait fait bâtir des cabanes de gardians pour en faire soi-disant un « camp modèle », une vitrine pour sa propagande.

En vérité, Saliers fut un mouroir, un lieu de répression terrible, de famine et de maladies pour les 677 « nomades » qui y furent emprisonnés en pleine Camargue. Les décès de 25 personnes, dont six enfants, sont répertoriés dans les archives. Quelque 230 enfants furent également arrachés à leurs parents pour être « placés » dans des institutions diverses. Le camp fut bombardé par erreur par les alliés en 1944 et ne fut officiellement fermé qu’en octobre de cette même année. Il fut complètement détruit après le tournage en 1952 du « Salaire de la peur » de Henri-Georges Clouzot, qui l’avait transformé en village sud-américain.

Les familles des internés restèrent ensuite seules avec leur souffrance, confrontées à un oubli très largement organisé localement, tout en continuant à essayer de faire entendre leurs voix. Le camp était situé à quelques centaines de mètres du village de Saliers, mais là comme à Arles personne ne voulait se souvenir. Ce n’est qu’à partir de 2001, avec l’exposition organisée par les archives départementales des Bouches-du-Rhône et le travail du photographe Mathieu Pernot sur les archives et les survivants (publié chez Actes sud) que l’histoire du camp commença à être inscrite dans la mémoire collective.

Depuis 2006, une stèle était présente en bordure d’un champ et de la départementale 37, sans que ce qui s’était passé à cet endroit ne soit très clair pour ceux qui passaient sur la route.

L’association des fils et filles d’internés du camp de Saliers, qui mène un travail tourné vers les familles concernées, afin qu’elles « se réapproprient leur histoire », a notamment milité pour une plaque pédagogique.

Son président, Jérôme Bonin a transmis à Dépêches tsiganes le texte très complet et validé aussi bien par cette association que par les autorités municipales et l’association pour un musée de la résistance.
Une borne matérialisant l’entrée de l’ancien camp, doit également être inaugurée le 23 mai.

L’association de M. Bonin a également fait en sorte que les panneaux de l’exposition consacrée au camp de Saliers par les archives départementales soient montrés publiquement pour la première fois aux Saintes-Maries-de-la-Mer (du 18 au 24 mai). Sur une terre de Camargue qui sait se servir du folklore gitan pour attirer les touristes mais accueille bien mal les gitans eux-mêmes, y compris pendant le pèlerinage, ce rappel du passé ne fera pas de mal. La plaque pédagogique et ce type d’initiative permettent également de rappeler à ceux qui votent à l’extrême droite, en Camargue et ailleurs, ce à quoi ces idées ont mené par le passé.

Isabelle Ligner
Voici ce que l’on pourra lire sur la nouvelle plaque pédagogique :

Le camp de Saliers, un camp d’internement pour les nomades

Suite au décret du 6 avril 1940 interdisant la circulation aux nomades sur la totalité du territoire métropolitain, la répression s’est amplifiée contre les tsiganes français et étrangers conduisant à l’ouverture de nombreux camps d’internements en France.

Créé en 1942 par le régime de Vichy, le camp de Saliers a été le seul camp d’internement pour les tsiganes de la zone Sud.

Officiellement ouvert le 15 juin 1942, son caractère concentrationnaire et raciste est évident. Concentrationnaire, car il s’agit d’alléger la population du camp de Rivesaltes. Raciste, car il s’agit de regrouper des personnes selon un critère racial : les « gitans » ou « nomades ». La majorité des internés sont de nationalité française, ce qui démontre que pour le régime de Vichy la « race » prime sur la nationalité et abolit la citoyenneté.

Les autorités voulaient faire du camp de Saliers un instrument de propagande pour répondre aux nombreuses critiques étrangères sur les conditions d’internement dans les camps français. Or les réalités matérielles de vie sont négligées. Les travaux de construction des cabanes, de type camarguais, ne sont pas terminés lorsqu’arrivent 60 hommes en provenance du camp de Rivesaltes les 3 et 21 juillet 1942.
Ils vont devoir participer à la construction des cabanes.

Fin novembre, un premier convoi arrive de Rivesaltes. En décembre, on décompte 380 internés à raison de 10 à 15 personnes par cabane de 4×8 m. La situation sanitaire est déplorable. Les familles subissent « un séjour particulièrement odieux » (d’après le rapport de l’Inspecteur des camps du 5 décembre 1944) : état d’inachèvement des cabanes, contact direct avec les parasites, manque de luminosité, chauffage insuffisant, pas d’adduction d’eau potable, ni d’évacuation des eaux usées, sous-alimentation.

Au total, 677 personnes ont été enfermées dans ce camp. 227 enfants ont dû être “évacués”, c’est-à-dire, arrachés des bras de leur mère et confiés à des organismes divers. 25 personnes, dont 6 enfants sont morts ici des conditions déplorables d’enfermement. Plusieurs, non répertoriés officiellement, sont décédés peu de temps après avoir quitté le camp des suites de la malnutrition et des mauvais traitements. Tous sont à porter au nombre des centaines de milliers de victimes européennes du Samudaripen.

Par confusion avec un camp militaire nazi, le camp subit une attaque aérienne alliée le 18 août 1944. 211 internés en profitent alors pour s’évader. Le camp, quasiment vide, ne sera dissout officiellement que le 15 octobre 1944. Ses vestiges seront détruits en 1952, après le tournage du film de Henri-Georges Clouzot Le Salaire de la peur. Par contre, des traces indélébiles ont marqué la mémoire des familles qui y ont vécu.

Ma bister!

N’oublions jamais!