16 et 17 mai : fête de « l’insurrection gitane », symbole des résistances d’hier et d’aujourd’hui

L’association la Voix des Rroms organise à nouveau les 16 et 17 mai 2015 à St Denis une fête de « l’insurrection gitane », symbolisant les résistances populaires d’hier et d’aujourd’hui face au « racisme d’Etat ».
La Voix des Roms avait choisi la date du 16 mai pour marquer la rébellion que des tsiganes menèrent en 1944 dans le « camp des familles » tsiganes d’Auschwitz contre des SS qui venaient les exterminer. L’association a voulu mettre en avant cet épisode historique, raconté notamment par un survivant, Hugo Höllenreiner, dans le film documentaire Mémoires tsiganes, l’autre génocide de Juliette Jourdan, Idit Bloch et Henriette Asséo. Et ce afin que les tsiganes, et aujourd’hui les Roms européens ou les voyageurs français, ne soient pas systématiquement ou uniquement présentés comme des victimes mais aussi comme des acteurs de leur histoire et des résistants à la barbarie nazie et à tous les totalitarismes et racismes d’Etat.
Le 16 mai 1944, dans la soirée, une cinquantaine de SS avaient encerclé les baraques des tsiganes à Birkenau, leur donnant ordre de sortir. Mais les tsiganes, dont un certain nombre d’hommes qui avaient été enrôlés dans la Wehrmacht, envoyés au front puis avaient été déportés, attendent leurs bourreaux à l’intérieur avec les armes qu’ils ont pu trouver : bêches, haches, pieds de biche, bâtons. Des femmes sont également parmi ces résistants qui parviennent, pour cette fois, à faire reculer les SS. Certains des tsiganes jugés capables de travailler seront transférés à Buchenwald, certaines femmes et enfants à Ravensbrück. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, les quelque 2.900 tsiganes restant à Birkenau, dont une majorité de vieillards, de femmes et d’enfants seront gazés par les nazis.
Tout comme elle avait porté la Journée internationale des Roms du 8 avril, aujourd’hui très suivie en France et de par le monde, La Voix des Rroms a milité avec succès au niveau européen pour que le 16 mai soit déclaré « Journée internationale de la résistance romani ». Si bien que cette fête de l’insurrection sera célébrée dans plusieurs villes européennes, notamment à Berlin, Vienne, Budapest, Skopje, Srebrenica (est de la Bosnie) ou encore Prague.

A St Denis, cette « fête politique et culturelle » qui se veut « un grand manifeste contre le racisme structurel », un « spectacle politique vivant » et « un acte d’affirmation d’une nouvelle identité populaire » s’ouvrira le samedi 16 mai à 19H sur le parvis de la basilique par une « parade populaire » suivi d’un spectacle de « théâtre d’improvisation politique » et de danses tsiganes. A 21H00 le racisme d’Etat sera symboliquement mis en procès dans ce haut lieu de la royauté devenu creuset de la culture populaire. A 21H30, suivra un spectacle flamenco avec Lorie la Armenia, suivie une heure plus tard de Mandrino e la Zor et son orchestre de Manele, musique populaire actuelle de Roumanie, avant le concert de DJ Rom and Roll, débutant à minuit.
Le lendemain, dimanche 17 mai, vers 10H00, la parade populaire sera de retour. Puis Raymond Gurême, voyageur français âgé de bientôt 90 ans, rescapé de camps français et allemands et résistant reprendra à 11H00 le beau dialogue qu’il a entamé en août 2014 avec Irvin Mujcic, jeune Bosniaque, rescapé du génocide de Srebrenica (1995) autour du thème « génocides d’hier et d’aujourd’hui, vivre c’est résister ».

Ce temps de paroles sera suivi de la « danse des enfants d’or », avant une nouvelle « assemblée » à 12H30 consacrée à « Art martial et culture populaire » autour de l’école de boxe Yag Bari, puis retour de la musique à 13H30 avec Aurélien Bouly et son Latin Jazz Manouche concept. Une heure plus tard, une « assemblée » aura pour thème « féminisme et émancipation des minorités racisées » avec notamment Anina Ciuciu et Ethel Brooks, activiste rom et professeur d’études sur le genre aux Etats-Unis. A 16H00, ce sera le moment du « rap gitan » avec Baro Synthax et Spartacus, avant un nouveau débat sur « colonialismes et génocides » et à 18H30, une nouvelle parade populaire sonnera la fin de la fête de l’insurrection gitane 2015.

Pour mobiliser autour de cet événement, La voix des Rroms a fait preuve, comme c’est souvent le cas, de dynamisme et d’inventivité. Ses militants, portant le T-shirt jaune et noir de « l’insurrection » ont notamment organisé des « Flash mobs » baptisées « Flash mob Esmeralda international » dans des lieux symboliques comme le parvis de Notre-Dame de Paris et ont été très présents dans les manifestations du 1er mai, avec muguet, tracts et affiches.

A travers la célébration de cette insurrection venue du passé, la Voix des Rroms continue à revendiquer dans le présent une forme de radicalité qui en dérange plus d’un. L’association n’hésite pas à poursuivre en justice Manuel Valls pour des propos stigmatisant sur les Roms. Elle ne se laisse jamais enfermer sous l’étiquette « Rom » ou »Rrom », jetant sans cesse des passerelles vers d’autres associations, d’autres pays, d’autres populations discriminées pour militer plus globalement pour le respect des droits et la lutte contres toutes les formes de discrimination. Depuis un grand rassemblement de jeunes Roms et non-Roms venus à la rencontre de survivants du génocide tsigane près d’Auschwitz à l’été 2014, ses militants ont aussi noué un lien de confiance exceptionnel et de respect mutuel avec Raymond Gurême, voyageur devenu le président d’honneur de la Voix des Rroms. Un engagement qui lui est reproché par certains, soucieux de maintenir des barrières entre Roms venus d’Europe de l’Est et voyageurs français. Mais, sans se soucier des critiques, Raymond Gurême, fort de la liberté que lui confère son statut d’ancien, de rescapé des camps et de résistant continue à près de 90 ans à créer des solidarités plutôt que des barrières entre les gens. Tout en ayant engagé des procédures judiciaires longues et complexes contre la police pour violences, Raymond Gurême était l’un des principaux invités tsiganes de la présidence de la République aux commémorations de la Journée de la déportation, au Struthof (Alsace) le 26 avril dernier.

Et il délivre inlassablement un message universel aux jeunes qu’ils soient Roms, voyageurs ou gadjé de France et d’ailleurs – celui de l’ouverture d’esprit et de la nécessité de s’unir pour défendre les droits des plus discriminés face aux puissants. Des combats qui requièrent une forme d’insurrection personnelle et collective.

Isabelle Ligner

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